Salut à tous!
Aujourd'hui, nouvelles aventures australiennes sur ce blog avec Nelly que nous retrouvons pour la 2ème fois et qui nous raconte quelques unes de ses aventures pop-rock du bout du monde.
Après le concert évènement d'INXS, il est question cette fois de légende, de festival, d'absence de déodorant et de maltraitance de peace & love... Suivez là, l'embarquement est immédiat! :
Bob Dylan live... ou pourquoi et comment survivre à une journée de festival australien
Avril 2011
Ma vie a été quelque peu agitée récemment et, pour me remettre de tout ça, je suis partie me ressourcer sur les bords de l'Océan Antarctique. Là, vous vous marrez, pensez banquise, manchots, nounours blancs, je sais, je sais. Version sud ouest australien, l'Antarctique, c'est surtout forêts d'arbres géants, plages de pur sable blanc et mer cristalline où même moi, plus frileuse qu'une égérie de maillot de corps thermolactyl, ai réussi en cet automne avancé, à tremper les demi-mollets sans rechigner!
Une des raisons de cet exil sudiste, c'était notamment ma présence toute récente à un festival musical. Parce que l'Australie est vraiment le bout du monde et que venir jusqu'ici avec matos et tutti quanti a un certain coût, rares sont les artistes qui viennent nous rendre visite hors tournée. Pour parer à ce gouffre scénique, des petits malins de l'événementiel ont décidé de créer des festivals d'une journée, à la programmation prestigieuse et pour le moins intense.
Le 17 avril dernier, c'est le Blues and Roots Festival qui divertissait la petite bourgade portuaire de Fremantle. En tête d'affiche, un mythe, un grand, une vraie légende: l'incomparable Bob Dylan! Pour une fois qu'une de mes références musicales est encore vivante, je me devais d'y aller! C'est donc pleine d'enthousiasme, billet en main et programme autour du cou que j'entrai sur le lieu de mon tout premier festival. Très vite je découvris un tout autre univers aux mœurs particulières et je développai un petit guide de survie ou les 5 commandements du happy festivalier.
1.Tes chaussures, attentivement, tu choisiras
A moins d'être australien(ne) et donc d'être né(e) avec une tong attachée, été comme hiver, à la voûte plantaire, la question du soulier est à prendre de façon considérée. La chaussure doit être capable d'endurer la station debout des heures durant. Elle doit pouvoir résister aux assauts d'autres festivaliers, légèrement tête-en-l'air mais très tout-leur-poids-sur-vos-orteils-transis. Elle doit aussi pouvoir être stable sur le gazon (qui très vite sera du sable) qui recouvre toute la zone de festival… Adieu donc talons hauts! Et pourtant, les talons, c'est bien ce qu'il faudrait à la plupart d'entre nous, petits Français: essayez d'apercevoir un bout des lunettes d'Elvis Costello quand vous êtes entourés d'Australiens standards, 1.85m de haut sur lequel on ajoute un chapeau. Pas simple.
2. A la faim, tu résisteras
Dès les grilles d'entrée, c'est barbe à papa, hot dogs, riz à la malaisienne, curry végétarien, burger-frites, sushi, salades bio, fish 'n chips et autres grillades et brochettes. Au début, on ne voit que ça, on ne sent que ça (ô le fumet de l'oignon qui caramélise!), on n'entend que ça (ô la douce mélodie de la saucisse qui dore!), on ne veut que ça! Et puis les heures passent, les artistes s'enchaînent, on saute, on hurle, on suinte aussi (par 28 degrés ensoleillés et avec quelques milliers de personnes tout contre vous). On assiste aussi à quelques effondrements de festivaliers joyeux, en proie subite à une indigestion ou surconsommation de bière locale... Et finalement on se dit que, vraiment, n'avoir amené que des pommes et des bouteilles d'eau, c'était une super bonne idée!
3. Ton prochain, tu ne tueras pas
Commandement de base, ça va de soi, et pourtant pas si facile que ça. Quand je dis musique folk, Bob Dylan, festival roots, on pense tout de suite aux joyeux hippies. Entre nous, les hippies et moi, ça n'est jamais vraiment passé – question d'incompatibilité de déodorants et de code couleurs principalement. Mais au-delà de mes affinités propres, le seuil de tolérance du « Peace, man! » ou du « Chill Mate! » s'avère facilement atteint après environ 10 écrabouillages de diverses parties du pied et un renversement de tarte au tofu sur vêtement qui n'avait rien demandé... Sans même parler des attaques de dreadlocks et d'aisselles velues à chaque fois qu'un artiste scande « Put your hands up in the air! ». Fermer les paupières... Respirer par le ventre (surtout pas par le nez)... Visualiser la mer et son ressac... puis Bob Dylan qui marche parmi les vagues... Mais purée quand est-ce qu'il se ramène sur scène, Bob?!?
4.Tes espérances, à la baisse, tu réviseras
A la découverte du programme, on jubile: dans une même journée, voir non seulement Dylan, mais aussi le magique Elvis Costello et ses Imposters, les très énergiques Walter Fratti et Spearhead, les extra-terrestres de la guitare Rodrigo et Gabriella, et bien d'autres encore, c'est enivrant! Et puis on se rend compte que, pour faire jouer tout ce monde sur une journée, il faut deux scènes... et que donc, il y aura toujours deux concerts en simultané... et que donc, il va falloir faire des choix. J'aime pas les choix. Face à mon état avancé de cœur brisé, un hippy m'a proposé le dédoublement... mais ne savait pas comment y parvenir. J'aime pas les hippies.
5.Point trop, il te faudra
Après dix heures de musique et piétinement, dont une heure presque paradisiaque à écouter « Bobbie », vautrée sur un siège en carton recyclable en forme de boîte à pizza, je suis claquée. Bob était parfait. Magique. Musicalement comme je l'imaginais. Visuellement, malheureusement limité à une « petite tache rose au piano ». Un quinquagénaire ivre vient d'embrasser le sable juste à côté de moi. Le programme annonce l'arrivée imminente de Grace Jones, son disco, ses plumes et ses paillettes. Il y a un moment, vraiment, où il faut savoir s'arrêter. Je donne mon siège-pizza à un hippy passablement éméché - « Cheers, mate! And peace to the world! ». Ouep, il est temps de rentrer.
Nelly Reffet
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